Introduction

Si l'enfant ne satisfait pas nos attentes, s'il se révèle imparfait, nous pouvons lui en vouloir de cette image déformée de nous qu'il nous renvoie. Car notre enfant est un peu notre miroir. Nous avons tendance à le considérer comme notre prolongement, comme une partie de nous.
Nous sommes particulièrement sensibles à leurs réussites et à leurs échecs.

« Notre monde a atteint un stade critique. Les enfants n'écoutent plus leurs parents. La fin du monde ne peut être loin », disait il y a deux mille ans un prêtre égyptien.

« Notre jeunesse est mal élevée. Elle se moque de l'autorité et n'a aucune espèce de respect pour les anciens. Nos enfants d'aujourd'hui ne se lèvent pas quand un vieillard entre dans une pièce. Ils répondent à leurs parents et bavardent au lieu de travailler. Ils sont tout simplement mauvais », disait Socrate

Toutes les époques ont cru traverser une crise de l'autorité, le syndrome de « l'enfant roi ».

Si crise d'autorité il y a, il s'agit davantage de notre manque d'autorité intérieure, de notre manque de conscience de nous-même que d'un défaut d'autoritarisme. Nous le verrons, les parents sont d'autant plus autoritaires qu'ils sont peu sûrs d'eux.

Il y a les fervents de la fessée, ceux qui ne jurent que par les limites et ceux qui prêchent l'écoute de l'enfant. Ceux qui punissent et ceux qui préfèrent sanctionner et responsabiliser. Ceux qui imposent un ordre strict et ceux qui prônent la démocratie familiale. Ceux qui laissent pleurer et ceux qui accourent. Le paysage parental est varié. Comment se repérer ? Savoir ce qui est juste ?

Il y a les « pour » et les « contre » concernant chaque geste quotidien. Dans les couples, c'est le thème des conflits. Il arrive que les désaccords mènent jusqu'au divorce.
La virulence des débats surprend. Pourquoi tant de flamme ? Nous le verrons : au-delà des théories, il y a notre histoire. Une telle passion a ses raisons.
Il y a souvent un fossé entre ce que nous professons et ce que nous faisons.

Parce qu'ils n'ont personne à qui dire, à qui se confier sans être jugés, les parents aux réactions impulsives risquent de s'enfermer dans le secret et de se trouver piégés dans une dynamique qui peut les pousser jusqu'à la maltraitance. D'autres, refusant d'être violents, peuvent être très déprimés par ce qui leur arrive. Il y a ceux qui décident d'entamer un travail psychothérapeutique, et ceux qui ne se parlent pas – même pas à eux-mêmes – de ce qui se passe à l'intérieur d'eux.
Oui, parfois, nos petits chéris nous rendent fous.

j'ai entendu tant de parents aux réactions allant d'un extrême à l'autre. Des parents démunis devant l'intensité de la violence dont ils étaient parfois les otages, des parents surpris par leurs propres attitudes, des couples déchirés par leurs oppositions sur les questions éducatives, des parents en larmes, des parents en colère, des parents inquiets… J'ai voulu dire ici ce qui d'ordinaire reste tu.
L'objectif de ce livre est de proposer des pistes pour permettre à chaque parent de reprendre la maîtrise de ses comportements.

1. Le parent face à son enfant

1. La tendance à dramatisation

Nous avons tendance à minimiser ou excuser le comportement des enfants des autres et à majorer celui des nôtres.
Avec les autres, nos réactions ont tendance à être plus mesurées, plus sages et donc plus efficaces.

presque tous les parents connaissent ces excès, ces abus de langage et parfois de pouvoir que sont les coups. Nos réactions émotionnelles nous dépassent.

2. Les papas sont-ils différents des mamans ?

La dramatisation semble inhérente à la fonction.
La discipline est le sujet de querelles le plus fréquent dans les couples.

L'expérience et des études scientifiquement menées montrent qu'il vaut mieux faire confiance à celui qui s'occupe prioritairement de l'enfant. Mais hélas, c'est fréquemment l'autre qui a le pouvoir dans le couple.

se positionner en termes de tort ou raison n'est pas très efficace. Analyser ensemble les besoins et la réalité de l'enfant, faire des essais, douter, chercher, sont des approches plus productives.

3. Image de soi et poids de la culpabilité

En public, tout se complique : le regard des autres est là, il faut que nos enfants se tiennent bien !
Comme si les frasques de nos enfants parlaient de nous.

les enfants ont tendance à répondre aux définitions que nous leur donnons d'eux. Ils se conforment à nos attentes ! Leur cerveau interprète nos commentaires et jugements comme des ordres.

La maman d'un grave handicapé moteur me confiait un jour : « Je ne peux pas dire que je souhaiterais ça à quelqu'un, mais je dois avouer que, lorsque je regarde les autres familles, je constate que nous sommes plus heureux au quotidien que la plupart des gens autour de nous. Nous rions beaucoup. Nous nous aimons. Nous savons ce qui est important et ce qui ne l'est pas. » Quelle belle leçon ! Car elle a bien raison. Il faut l'avouer, il arrive que nous oubliions de célébrer à chaque instant la bonne santé et l'intégrité physique et mentale de nos enfants, et que nos exigences limitent la capacité familiale au bonheur.

Un enfant qui ne réussit pas, transgresse ou agresse, inflige, bien contre son gré, une blessure narcissique à ses parents. Si les parents sont émotionnellement solides, ils peuvent dépasser cette blessure et se montrer attentifs au besoin exprimé par cette « déviance ». S'ils sont moins solides, ils peuvent nier, punir, blesser l'enfant en retour ou encore retourner leur colère contre eux-mêmes et se culpabiliser. Tous ces mécanismes de défense ne pourront que creuser la distance entre parent et enfant.

Il nous faut apprendre à tolérer en nous une dose de culpabilité saine, qui nous permet d'être en rapport direct avec notre enfant et non avec des certitudes.

Un enfant n'a pas besoin de parents parfaits, il a besoin de parents suffisamment bons, c'est-à-dire de parents qui, bien entendu, tentent de faire pour le mieux pour s'occuper de lui, qui le protègent et le nourrissent, qui évitent de le blesser, de le frustrer excessivement, mais qui se savent capables d'erreurs et se montrent aptes à les reconnaître.
Un enfant veut rencontrer une vraie personne, avec ses émotions et ses propres besoins, ses pensées et ses valeurs, ses compétences et ses limites.

introduire un tiers diminuerait notre stress. Pourquoi toujours chercher à tout assumer seul(e) ? Non seulement il n'y a pas de honte à se faire aider, mais le vrai courage est là : cesser de se voiler la face et oser demander !

4. Réactions impulsives

Les pulsions sont biologiques. Elles sont au service de la vie, permettent la survie et l'évolution. Pulsion de vie, pulsion de mort (mais non pas pulsion de suicide), pulsion de conservation, pulsion sexuelle.
Ce sont des mouvements fondamentaux de notre énergie vitale.

Quand nos gestes ou paroles envers nos enfants dépassent notre intention, il ne s'agit que rarement d'une pulsion biologique. Je préfère utiliser le terme impulsion. Ce sont des gestes appris, culturels et non biologiques.

Frapper un enfant, le dévaloriser, peut apporter des bénéfices inconscients. Tant que ces derniers ne seront pas élucidés, changer sera pour le parent concerné extrêmement difficile. Il est important de se souvenir que le parent ne frappe pas son enfant par méchanceté, plaisir ou perversité intrinsèque. Il est animé d'une impulsion qui le mène à frapper ou blesser l'enfant pour éviter une angoisse qui sinon le submergerait.

5. Quand l'impulsion devient compulsion

Il s'agit d'une impulsion quand le geste violent est isolé. Il s'agit d'une compulsion quand le parent ne peut s'empêcher de frapper l'enfant pour un rien.

6. Dissonance cognitive

Une contradiction entre croyance : « ce n'est pas bien de frapper un enfant » et comportement : « je gifle mon enfant qui a fait une bêtise » crée un état de tension.
il est bien plus facile de modifier ses pensées que ses comportements.

la dissonance cognitive manifeste l'inconfort qu'il y a pour une personne à vivre quelque chose en désaccord avec ce qu'elle pense ou de penser quelque chose en désaccord avec ce qu'elle vit. Lorsque nous manifestons des comportements qui contredisent nos valeurs, nous avons une forte propension à réorganiser notre pensée pour la faire coller à nos actes, les justifier. On pourrait faire le contraire, mais ce serait méconnaître la puissance des automatismes.

Bien sûr le processus n'est pas conscient.
nos comportements ne sont pas le reflet de nos connaissances conscientes, mais sont mus par des mécanismes inconscients.

Nos discours ne sont souvent que justifications pour ne pas souffrir d'un manque d'adéquation entre nos pensées et nos réactions.

Quand nous sommes capables de supporter une certaine incohérence, une certaine proportion de sentiment de culpabilité, nous sommes sur le bon chemin.

7. Insultes et dévalorisations

Rares sont les enfants qui n'ont jamais été insultés par leurs parents. Ces dévalorisations sont autant de gifles émotionnelles. Elles blessent le jeune qui les subit, l'adulte qui les profère et la relation.

Sur le cours de tennis, les commentaires paternels fusent. « Remue-toi, allez, bouge un peu ton gros cul. ». Chaque balle dans le filet provoque une nouvelle pique : « Tu es nulle, vraiment, ma pauvre fille. » Quand je l'interpelle, le père se justifie. « Je ne la dévalorise pas, je la titille pour qu'elle ne se laisse pas aller. Je la stimule parce que je sais qu'elle est capable. Sinon, je ne dirais rien. » Ce papa croit-il ce qu'il dit ? C'est ainsi qu'il réduit la dissonance cognitive, mais faut-il qu'il ferme les yeux ! Sa fille s'est forgé une carapace pour ne plus sentir. Elle s'est isolée d'elle-même, s'est enveloppée d'une couche de gras bien épais pour amortir les aiguillons.

« la réalisation automatique des prédictions ». Nous considérons l'enfant comme nul, il s'installe dans une dynamique (mécanique ?) d'échec.

Nous avons tendance à oublier que les enfants font de leur mieux. S'ils n'arrivent pas à répondre à nos attentes, c'est que ce que nous leur demandons soit n'est pas sous leur contrôle, soit est contredit par nos attentes inconscientes.

Il ne nous viendrait pas à l'idée, en voyant sur le thermomètre « 39,5° », de demander à notre enfant de faire des efforts pour faire descendre sa température. Nous savons que c'est un symptôme, et qu'il s'agit de diagnostiquer le mal pour y remédier. De la même manière, si notre enfant n'obtient pas de bonnes notes, c'est qu'il se passe quelque chose qui l'en empêche. Si nous ne réussissons pas à mettre le doigt dessus, nous avons peu de chances de voir les notes s'améliorer.

Seulement notre fureur nous aveugle. Nous oublions tout cela et hurlons sur nos enfants. Notre rage, en réalité, ne parle pas des notes de l'enfant, mais de notre propre vécu inconscient, de nos blessures.
« Quand tu as une mauvaise note, je me sens mal, c'est comme si j'avais eu moi-même une mauvaise note. »
« Je suis furieux parce que j'ai une mauvaise image de moi et je crains ce que les autres vont dire de moi. »
« J'ai eu tant de mauvaises notes petit, je me sentais nul, je me suis toujours senti humilié. Tu me fais revivre cette humiliation. »
« Quand j'avais une mauvaise note, je prenais une raclée. Ne me rappelle pas ça ! »
« Je n'ai jamais eu que de bonnes notes, et si tu savais ce que j'ai sacrifié, combien j'ai travaillé pour cela… je ne supporte pas que tu aies une vie plus facile. »
« Je travaille dur pour que tu puisses aller à l'école. Quand je vois tes résultats, je trouve ça injuste… »

Contentons-nous de nous interrompre, de nous excuser bien sûr vis-à-vis de l'enfant, puis d'écouter en nous la résonance de ce jugement spécifique. Que dit-il de moi ? C'est une porte d'entrée vers mon histoire.

8. Quand les coups nous échappent

Les gifles n'ont pas le pouvoir d'aider Sylvain à modifier son comportement. Mais elles ont celui de le rendre démuni et coupable.

C'est cela qui est toxique, davantage que la douleur physique, et qui rend nocive même une petite tape, l'enfant se sent « le mauvais », et pense que son parent a le droit de disposer de son corps.

Si les coups peuvent obtenir une modification de comportement à très court terme, ils sont le plus souvent inutiles. Tous les parents en ont fait l'expérience, ce qui ne les empêche pas de continuer. Preuve s'il en est que la motivation réelle est inconsciente.

85 % des parents qui utilisaient la fessée se disaient prêts à l'abandonner si on leur apprenait de meilleures alternatives. Ils reconnaissaient que les fessées n'avaient d'efficacité qu'à très court terme.

« Je te frappe pour ton bien, donc tu n'as pas mal. » Mais tout de même, ça fait mal. Tout cela est incompréhensible. Alors, pour tenter de donner du sens, l'enfant réitère le comportement qui a suscité les coups. Pour réduire la dissonance cognitive, il s'insensibilise, fait en sorte de ne pas avoir mal. C'est ainsi que les coups appellent les coups.

Les parents les plus irritables, déprimés, fatigués et stressés sont les plus grands utilisateurs de punitions corporelles : l'enfant est donc puni en fonction de ce dont souffrent ses parents et non pas en fonction de ce qu'il fait ou ne fait pas. Tout parent, ou presque, a un jour levé la main sur son enfant.

9. Une histoire de statut

il semble se mettre inconsciemment au service des besoins émotionnels de ses parents. Percevant la colère intérieure de son parent, il peut provoquer ce dernier jusqu'à ce qu'il libère cette émotion bloquée.

Selon l'âge, il pleure davantage, bouge pour évacuer la tension, court partout, saute, parle plus fort, pleurniche, fait une colère, demande de l'attention, s'habille n'importe comment, vole une mobylette, se fait des piercings… Tous comportements difficiles à tolérer pour un adulte prisonnier d'une colère intérieure ! La fureur finit par exploser : « Il l'a bien cherché ! » conclura le parent qui préfère rester inconscient des vrais motifs de son attitude.

Toute colère réprimée contre qui que ce soit, conjoint, collègue, patron, belle-mère ou voisin, a tendance à sortir sur l'enfant, tout simplement parce qu'il est de statut « inférieur » et dépendant de nous.

10. Quand il s'oppose

Quand le parent n'a pas un sentiment de soi bien solide à l'intérieur, quand il n'est pas certain de sa place, il peut mal réagir aux manifestations d'opposition de son enfant. Au lieu d'entendre la contestation comme une manifestation du sentiment d'identité de l'enfant, il l'entend comme dirigé contre lui.
Le parent interprète le non comme un affront personnel.

Plus le parent augmente son pouvoir sur l'enfant et se montre autoritaire, plus l'enfant doit se défendre pour maintenir son sentiment d'identité.

Si le parent réprimande toute contestation ou refus, l'opposition a tendance à se systématiser.

Pour sortir de ce cercle vicieux, la clé est à l'intérieur du parent. Aucun enfant n'est rebelle ou ne s'oppose à ses parents par plaisir. S'il le fait, c'est que c'est la seule solution qu'il ait trouvée pour répondre à ses besoins.

Ne pas supporter l'opposition, c'est ne pas supporter l'autre comme séparé, différent, ne pas supporter qu'il ait une identité propre.
Plus le sentiment de notre identité est enraciné dans notre corps, plus il est facile de tolérer l'opposition.

11. Caprices ?

Ce que les parents nomment caprice étant en réalité l'expression d'un besoin, d'un vécu émotionnel, le problème resurgira tôt ou tard.

Il n'est pas toujours facile de comprendre ce qui se passe pour un enfant. Mais gardons-nous de conclure hâtivement au caprice. Quand le parent ne saisit pas les motivations des comportements de ses enfants, il y réagit de manière forcément inappropriée, déclenchant chez eux de nouvelles émotions qui nous désarçonnent. L'autorité, la punition, le jugement tentent le parent qui reprend ainsi le contrôle de la situation, mais bien sûr aggravent le problème et nous éloignent de plus en plus de l'enfant.

12. Qui a le pouvoir ?

Le tout-petit témoigne d'un début d'intégration en suspendant un instant son geste et en regardant l'adulte… ce que souvent ce dernier interprète hélas comme une provocation alors qu'il ne s'agit que d'une sorte d'appel. L'enfant répète son geste pour obtenir que le parent répète les mots.
Nos tout-petits sont davantage à se demander « comment ça marche la vie ? » que « je veux embêter ma maman ».

Plus le parent manque de puissance personnelle, plus il va chercher le pouvoir sur son enfant et se montrer autoritaire.

Les parents sont adultes, bien plus grands et plus forts physiquement que les enfants. Nous sommes capables de faire des hypothèses, des déductions, de résoudre des problèmes. Nous avons une bonne expérience de la vie derrière nous. Nous possédons toutes sortes de connaissances, maîtrisons nombre d'outils et de techniques. De ce fait, une responsabilité nous incombe.
Les capacités des tout-petits sont fascinantes. Ils ne peuvent pourtant se passer de parents. Ils apprennent toutes sortes de choses « par eux-mêmes », c'est-à-dire par imitation inconsciente et expérimentation. Ils parviennent à maîtriser des compétences aussi complexes que la marche ou l'expression dans leur langue maternelle. Seuls ? Des enfants vraiment seuls n'apprennent rien du tout. Ils ne marchent ni ne parlent. Certaines conditions de sécurité affective et d'environnement doivent être réunies pour favoriser ces apprentissages.

Les parents sont responsables du bien-être et du bon développement physique et affectif de leur enfant. C'est une responsabilité immense, parfois lourde à porter.

ce n'est pas l'enfant qui enferme la mère. C'est la société, parfois le mari. Ce ne sont pas les enfants qui l'ont empêchée de poursuivre ses études ou sa carrière, c'est la société/sa famille qui ne l'a pas aidée ou soutenue pour qu'elle puisse assurer les deux.

Certes, un enfant modifie le quotidien. Le temps est rythmé par ses besoins. Il s'agit pour le parent d'y trouver sa liberté, parce qu'amour rime avec liberté, pas avec prison. S'il se sent prisonnier de son enfant, le parent ne peut guère qu'en concevoir de la rancœur envers lui.

13. Intrusions intimes

Plus nous aurons nous-mêmes été respectés enfants, plus nous saurons respecter notre enfant.

Exercer du contrôle sur son enfant donne l'illusion de reprise de contrôle sur sa propre existence. Vérifier son pouvoir sur l'enfant pour contrebalancer le sentiment (souvent inconscient) d'impuissance.

14. Papy « fait des préférences »

Nous savons combien dire « mais si, je t'aime » ne sert à rien.
Cela ne modifiera en rien sa conviction profonde, tout en altérant sa confiance en vous.
« ce que tu sens n'est pas juste, tu ne peux pas faire confiance à tes perceptions et je ne veux pas écouter ta souffrance ».

15. Il est moins facile à aimer qu'un autre…

La carence d'amour, car cette minuscule distance est suffisante pour empêcher l'intimité et par là l'émotion d'amour, induit des symptômes qui nous exaspèrent encore un peu plus.

16. Ce caractère qui parfois nous exaspère

si donc l'enfant n'est pas rassuré par sa maman ou par une autre personne qui lui parle de ce qui se passe, le bébé vivra par la suite un manque de confiance fondamental.

« Quand la tétine de l'aîné tombe par terre, la maman la stérilise. Quand la tétine du second tombe au sol, la maman la passe juste sous l'eau. Et quand le troisième lâche la sienne, elle l'essuie vaguement sur son jean ! »

Les aînés sont aussi (statistiquement) plus intelligents que leurs cadets. Tout simplement parce que, seul enfant de la famille pendant un temps, ils bénéficient alors de toute l'attention et sont davantage stimulés intellectuellement.
la disponibilité et l'attention du parent font la différence.

17. Garçon ou fille ?

Les enfants – comme tout un chacun – ont tendance à se conformer à ce qu'on attend d'eux. Mesurant combien nos images d'eux peuvent influer sur leur devenir, nous ferions bien d'être attentifs à la manière dont nous les considérons !

18. Il me ressemble trop ou pas assez

La période de quatre ans, par exemple, est marquée par cette idéalisation de soi, cette illusion de toute-puissance et ce rejet des fautes sur autrui. Si le parent accueille cette phase de manière neutre, elle passera.

Des études ont montré que le parent a tendance à préférer celui qui lui ressemble physiquement.

19. Aimer n'est pas si simple

Paradoxalement, on se sent vide quand on est trop plein, trop plein d'émotions indicibles. Nos émotions nous donnent le sentiment d'exister. Quand elles sont réprimées, on se sent vide de soi.

Le diaphragme, ce muscle souple qui sépare les poumons des viscères et accompagne le gonflement régulier des poumons sur l'inspir et l'expir, peut se tendre, voire se spasmer quand une émotion reste bloquée. Quand le diaphragme a perdu sa souplesse, le mouvement respiratoire est forcément limité. Les psychothérapies dites corporelles ou émotionnelles travaillent à augmenter l'apport d'air dans les poumons et donc d'oxygène dans les cellules. L'oxygène « réveille » les tissus, la mémoire des émotions refoulées est activée. Le processus physiologique de l'émotion peut se poursuivre jusqu'à son terme : la détente. Quand on a pu pleurer, hurler et être entendu dans ses blessures, on se sent plein, on se sent soi, on se sent réparé et intégré. Le diaphragme récupère sa souplesse, la respiration peut à nouveau être libre et profonde, l'oxygène arrive plus généreusement dans les tissus et les sens intéroceptifs1affinés nous donnent de nouvelles informations.

Oui, je faisais tout ce qu'il fallait faire pour être une bonne mère. Je leur donnais ce que je pouvais. J'étais attachée à eux, je n'aurais pas voulu qu'il leur arrive quoi que ce soit. Je croyais que c'était ça les aimer. Mais grâce au travail émotionnel, après avoir pleuré toutes les larmes que je retenais et crié mes souffrances, non seulement je respire différemment, mais j'ai découvert ce que le verbe aimer veut vraiment dire. J'ose l'affirmer, je n'aimais pas mes enfants. Je dis ça sans culpabilité, c'est juste une constatation. J'éprouvais de la tendresse, de l'attachement, je n'avais jamais ressenti l'amour que je leur porte maintenant. Je ne savais même pas qu'on pouvait ressentir cela. »

Le diaphragme enfin libéré nous permet de ressentir cette brûlure dans la poitrine qui irradie dans le reste du corps.

L'amour naît dans l'intimité, c'est une émotion subtile, qui a besoin de sécurité pour s'épanouir. Une émotion est physiologique tandis qu'un sentiment est une élaboration affectivo-mentale. L'émotion d'amour nourrit le sentiment d'amour.

Quand ils n'éprouvent pas le pincement au cœur attendu face à leur nourrisson, les parents sont déstabilisés et se culpabilisent sans oser en parler. Pourtant si l'amour n'est pas au rendez-vous, d'une part, ce n'est pas de leur faute, d'autre part, ce peut être facile à restaurer à condition que tout cela puisse être dit. Même lorsqu'ils en ont conscience, il est très difficile pour les parents d'oser avouer qu'ils n'aiment pas leur enfant. C'est socialement inacceptable, tabou, inconcevable, plus encore de la part d'une mère.

L'émotion d'amour surgit quand on se confie de cœur à cœur. Tout ce que nous cachons fût-ce « pour ne pas faire de peine » nous éloigne les uns des autres.

Aimer est tout simple. Dès que les conditions de sécurité, d'authenticité et d'intimité sont réunies, l'émotion d'amour s'épanouit.

Tout comme l'orgasme, on peut vivre sans, mais c'est dommage. Et nos enfants en pâtissent. Car cette émotion d'amour éprouvée à leur contact les remplit eux aussi, et leur confère une sécurité intérieure difficile à construire sans.

II. LES CAUSES DE NOS DÉBORDEMENTS

Mieux vaut oser regarder en face nos abus. Oser les considérer comme tels sans les minimiser. C'est la première étape pour changer.

Osons regarder ce qui se passe en nous dans les moments de dérapage. En identifiant les nuages et les vents, nous ne laisserons plus les orages se déclencher inopinément et faire la pluie et le beau temps dans la famille.

1. L'épuisement maternel

Toutes les mamans, même celles qui ont l'air d'assurer, vivent un quotidien hautement stressant. Une multiplication de taches répétitives, fort peu de reconnaissance, des contraintes horaires démentes, un tas de situations sur lesquelles elles n'exercent aucun contrôle, l'impossibilité de se concentrer sur une tâche sans être interrompue dix fois et cela… 24 h/24 et 365 jours par an pour une durée indéterminée. Car il est impossible de démissionner du métier de mère !

Trop de linge à laver, trop de sols à récurer, trop de cuisine à cuisiner et de vaisselle à laver, tout cela peut altérer la capacité d'amour.
En fait, ce n'est pas tant la tâche elle-même qui éloigne l'amour, mais le sentiment d'injustice.

La première phase du burn-out est très bien décrite par Violaine Guéritault : le réservoir d'énergie est vide. Elle est dans un épuisement émotionnel et physique consécutif à cette nécessité d'adaptation permanente.

Si la mère ne rencontre pas d'aide, de soutien, si elle ne peut évacuer son trop-plein de stress, elle risque d'atteindre assez vite le second stade, celui de la dépersonnalisation, de la distanciation.
La mère épuisée s'occupe de son enfant, mais sans affect. Elle n'y est plus.
Nous faisons ce qu'il y a à faire, préparer le repas, faire couler le bain, débarrasser la table, coucher les enfants, mais tout se passe en mode automatique. Quand l'épuisement s'installe, ce mode automatique devient permanent. La mère s'éloigne de plus en plus de ses enfants. Elle n'est plus présente affectivement.

La maman non accompagnée s'enfonce dans la dépression. Elle est de moins en moins efficace, tout lui demande effort immense, elle doute de ses capacités. Certaines tâches qu'elle accomplissait avant : téléphoner, remplir des dossiers… lui paraissent insurmontables. Peu à peu, elle glisse dans la troisième et dernière phase du burn-out. Hurlements, coups, punitions, la mère fait tout ce qu'elle ne voulait pas faire à ses enfants.

Inutile de lui donner des médicaments : ce n'est pas elle qui est à soigner, mais son environnement qui est à repenser.
Une pédiatre suisse a démontré que les pères vivent exactement les mêmes états quand ce sont eux qui restent à la maison pour s'occuper de leur bébé.
Une maman épuisée, atteinte de burn-out, se détache de son enfant. Elle se maîtrise de moins en moins. Elle se vit comme prisonnière, exploitée par l'enfant. Elle peut se révolter contre les exigences de ce dernier, le considérer comme un tyran… et le haïr pour cela… Parfois avec une telle intensité que cela peut aller jusqu'à effacer tout sentiment maternel en elle. « Il me bouffe, disait Camille. Je ne le supporte plus. C'est terrible à dire, mais je ne ressens rien pour mon enfant. Je m'en occupe parfois comme une automate. Il m'exaspère très vite. S'il ne fait pas dans la seconde ce que je lui demande, je deviens folle. »

Un soir, un homme rentre du travail. Ses enfants, encore en pyjama, jouent dans la boue du jardin. Sur le gazon, tout autour de la maison, des cartons vides de repas congelés et des boîtes de jus. Il pénètre dans la maison et c'est encore pire. La vaisselle sale est éparpillée dans toute la cuisine, le repas du chien est renversé sur le sol, une vitre est brisée et il y a du verre partout.
Dans le séjour, il trouve des jouets, des vêtements, une tache sur le tapis et une lampe renversée. L'homme a très peur qu'un malheur soit arrivé à sa femme. Il se précipite au second étage et là, stupéfait, la trouve encore en pyjama assise dans le lit en train de lire tranquillement. Elle se retourne en souriant et lui demande :
– Comment était ta journée ?
– Que… Que s'est-il passé ici aujourd'hui ?
Souriante…
– Tu sais, chaque jour en rentrant, tu me demandes ce que j'ai fait durant la journée et quand je réponds que je me suis occupée de la maison et des enfants… Tu me dis : C'est tout ? Eh bien, aujourd'hui, je n'ai rien fait !

Il est fréquent d'entendre un mari reprocher à sa femme de trop donner aux enfants… Pourtant, une maman qui donne trop à ses enfants, c'est souvent qu'elle manque… de lui !
Quand l'homme apporte à sa femme de la tendresse, du contact physique, du respect pour ses émotions et de l'admiration, quand il assume tant sa place de mari que de père, il crée des conditions favorables pour que la mère puisse établir un rapport plus juste avec son enfant.

3. Carences inavouables

Toute tension, tout besoin frustré engendrent des émotions susceptibles d'être libérées sur nos enfants. Des problèmes au travail, une insatisfaction dans le couple, un manque d'épanouissement personnel, une absence de but ? Tout cela peut concourir à altérer nos relations à nos petits.

Il y a des solutions. Mais pour les trouver, il nous faut d'abord oser regarder en face ce que nous vivons. Et puis, nous ne sommes pas qu'esprit. Nous avons un corps, des besoins de nourriture, de sommeil, de soleil… Quand ceux-ci ne sont pas satisfaits, ils drainent une part de notre énergie. Notre seuil de tolérance au bruit, au désordre, à la contradiction, s'abaisse considérablement.

4. Les hormones

La tension, l'énervement, la négativité, la tendance à la critique et à la dévalorisation de l'autre sont parmi ces symptômes. Aux prises avec un afflux important d'œstrogènes dans le sang, pas facile de conserver son calme !
Mais comment se fait-il que nous criions davantage justement pendant cette période du cycle ?

5. Quand une épreuve absorbe notre énergie

Maladie, chômage, deuil d'une personne proche surviennent sans crier gare. Quand on traverse une épreuve, on n'est fatalement pas le même que lorsque le quotidien est calme. Nous ne choisissons pas toujours ce qui nous arrive. Émotions, tensions, fatigue altèrent l'humeur, sapent le moral et l'énergie, retentissent sur nos relations avec nos enfants.

En réalité, ce n'est pas tant le problème lui-même qui draine notre énergie, que l'effort consacré à réprimer nos émotions. Bien sûr le problème nous préoccupe, mais c'est l'angoisse qui nous plombe. Angoisse est le mot que nous utilisons pour nommer cette sensation oppressante au niveau du plexus. Ce n'est pas une émotion, mais un mélange d'émotions, un sentiment parasite lié à la répression de nos affects de peur, colère, tristesse.

Mais se taire ne les protège en rien. Pleurer ensemble, partager la colère, est aussi important que partager les joies. Cela permet de sentir le lien, de se sentir unis.

6. Il est « tout ce que je ne veux pas » !

une augmentation des heures passées par la mère à l'extérieur de la maison réduit le risque de fatigue chronique chez son enfant ! La certitude est là : l'état physique et psychique de l'ado est lié à l'état émotionnel de sa mère.

L'enfant cherche toujours à se conformer à ce que ses parents lui demandent.
« Tu es peureux » résonne rapidement en « sois peureux ». Puisque c'est le parent qui le dit, ce doit être vrai, donc il se conforme.

7. Une histoire qui se répète

Lorsque Catherine faisait une bêtise ou se mettait en danger, elle recevait une gifle. Dans son souvenir inconscient, il y a l'enfant qu'elle était, avec ses sentiments, et sa mère, avec ses comportements. En cet instant précis, elle a deux choix. Soit s'identifier à l'enfant qui reçoit la gifle, soit à sa maman qui la donne. Son cerveau choisit le comportement le moins douloureux.

Être conscient d'avoir été blessé est insuffisant. Tant que les émotions refoulées n'ont pas pu être exprimées et entendues, elles seront actives. Une attitude en opposition à celle de nos parents ne dit que notre colère rentrée envers eux. Elle n'est pas une position éducative rationnelle.

Dans chaque situation, nous avons le choix : nous identifier à l'enfant que nous étions, oser nous souvenir de notre vécu, de nos émotions, parfois intenses, ou le refuser en nous identifiant à nos parents, modélisant leurs comportements ou en prenant l'exact contre-pied. Si nous refusons la conscience, l'automatisme jouera le plus souvent contre l'enfant, car qui voudrait déterrer des souvenirs dont personne ne désire se préoccuper ?

Inconscients de ce qui se passait à l'intérieur de nous quand nous étions petit, nous n'avons plus de repères pour sentir ce qui se passe pour notre enfant. Nous cherchons alors à nous comporter nous aussi « pour son bien », à faire ce qui est « bon pour lui », en obéissant davantage à nos certitudes éducatives qu'à notre sensibilité, et ce, d'autant plus que cette sensibilité est plus ou moins enfouie.

8. La fuite de la douleur

Ils idéalisent souvent sa situation à la maison, « Tu as de la chance, toi tu es tranquille ici ». En fait, derrière ces paroles, ils ont probablement une petite idée de la vérité, puisque les études montrent qu'ils fuient la maison.
Eh oui, dès qu'un homme est papa, il se met à faire davantage d'heures, au bureau ou au café, pour ne pas rentrer trop tôt !

Ce petit garçon, c'était lui petit. Il ne voulait pas rencontrer ce petit garçon en lui, il ne voulait pas revivre la détresse de la solitude. Il évitait le contact de ses enfants, pour ne pas risquer de réveiller ses sentiments archaïques d'abandon. Fuir l'intimité pour ne pas revivre le manque. Ce n'est pas son petit garçon qu'il fuyait, mais la douleur du petit garçon qu'il avait été.

9. Quand on n'a pas le droit d'exister

10. Réparer les relations blessées

« Quand j'ai pu dire à mon petit bébé de deux mois à quel point c'était plus difficile pour moi de l'aimer que sa sœur aînée, j'ai vécu une véritable libération, une vague d'amour m'a envahie. Pour la première fois, je me suis sentie vraiment très proche de lui. Les larmes me sont montées aux yeux. Depuis, c'est super. »

Dire ses émotions, même les plus douloureuses, restaure le lien blessé. Le silence est plus blessant que la haine.

11. D'où viennent ces fantasmes sur les enfants ?

Adulte, il répète la blessure comme pour l'annuler. « Je ne veux pas que cela soit destructeur, donc cela ne l'est pas, je le prouve en commettant à mon tour l'innommable. »

Les fantasmes sont un essai de mise à distance de la blessure. Voir les images est comme une tentative de digestion de l'insupportable.
De la même manière que les enfants reviennent sans cesse dans un livre à une image qui les terrorise – l'hydre, le méchant loup, le monstre… –, non parce qu'ils l'aiment particulièrement comme parfois les parents le croient, mais parce qu'elle les interpelle trop.

la précarité économique ne constitue que minoritairement un facteur de danger. En revanche l'isolement social joue un rôle central.

12. La blessure du témoin impuissant

« Puisque mon parent frappe, c'est qu'il est bon de frapper… mais ça fait mal et ça fait peur… donc ce n'est pas bon, mais s'il le fait… »
Tout cela fait des nœuds qui peuvent avoir des conséquences graves et durables : problèmes à l'école, difficultés de sociabilité, dépression, anxiété…

Par son silence, le témoin autorise la violence, il est complice. L'enfant témoin de violence sur autrui, sur un frère, sur sa mère, peut en souffrir autant que s'il était victime lui-même.

13. Compétition

« Il n'y a pas de raison pour que tu aies ce que je n'ai pas eu. » La compétition avec l'enfant peut exister à tous les âges. « Mon père ne s'est pas levé pour me consoler la nuit, je ne le fais pas pour mon enfant / Je n'ai pas eu de vêtements neufs, mes enfants n'en auront pas non plus. / Je n'avais pas le droit de sortir avec un garçon, ma fille non plus. / Je suis parti de chez moi à l'âge de dix-huit ans pour m'assumer, mon enfant partira au même âge, je ne vais pas l'assister… »

Il n'est pas toujours facile de voir un enfant recevoir ce que nous n'avons pas eu. Cela met en évidence le manque.

14. Vengeance inconsciente

quand on n'a pas l'occasion de libérer cette haine dans un cadre protecteur, nous risquons de lui permettre de s'exprimer sur d'autres qui ne nous ont rien fait, trop dépendants pour se défendre et moins impressionnants que nos parents. J'ai nommé… nos enfants !

15. Fidélité

Les fidélités inconscientes peuvent nous mener à toutes sortes de comportements, hélas souvent destructeurs. Nous sommes en effet plus fidèles aux attitudes qui cachent des blessures. Ce sont ces dernières qui attendent d'être guéries.

Un enfant peut se mettre en échec scolaire pour être fidèle à la tradition familiale, accumuler plus tard les échecs professionnels ou amoureux et divorcer comme papa…

III. Questions d'âges

À tous les âges, il est utile de parler à d'autres parents.
constater que notre insupportable chéri n'est pas le seul de son espèce.
Parler avec d'autres permet en outre de mesurer que notre attitude éducative n'est pas la seule possible et peut nous aider à réfléchir.

1. Fœtus et déjà tellement là !

Il a une vie propre. Dans le ventre de la mère, il suce son pouce, se caresse le nez, manipule son pénis, explore avec ses mains, bras, jambes et pieds… Il voit. Il entend. Et, scoop, il est capable de relation !

Françoise Dolto, la première, a montré combien il était utile de parler à ce bébé dans son ventre, et pas seulement de bonheur et de petites fleurs, mais aussi de blessures et de douleurs, de deuils et de peurs, de rages et de désespoirs.

Mettre ainsi des mots sur ses affects peut paraître vain, le cerveau du fœtus n'est pas encore capable de les interpréter. Mais le bébé entend l'intention, vos tensions, et la détente qui suit.
À partir du moment où l'enfant perçoit que vous acceptez vos émotions sans peur, qu'elles ne vous chavirent pas, que vous savez ce à quoi elles correspondent et que vous pouvez les dire… Alors, il n'a plus peur non plus. Il n'a plus besoin de développer des symptômes pour faire entendre sa souffrance. Il y a des chances pour qu'il se montre plus stable, plus calme, plus facile.

2. L'accouchement, une expérience extrême

La naissance est une expérience fabuleuse. C'est la première rencontre entre les parents et leur bébé. C'est un moment de bonheur intense la plupart du temps.

son cœur ne s'est pas ouvert. Elle a fait semblant pendant des années. Elle s'est attachée, bien sûr, à cette enfant. Pour rien au monde elle n'aurait voulu qu'il lui arrive quelque chose, mais elle n'éprouve pas cette sensation doucement douloureuse dans la poitrine qui dit « je t'aime ».
La répression de ses émotions l'a empêchée d'aimer son nourrisson. Comment éprouver de l'amour quand on est prisonnière d'autres affects, quand on est en colère, frustrée, terrifiée ?

Certes, un accouchement harmonieux, rapide, facile, n'est pas une garantie d'amour, mais les processus naturels d'attachement se mettent en place plus facilement. En revanche, si un accouchement difficile complique les choses, il n'empêche évidemment pas d'aimer l'enfant.
Il suffit de quelques minutes pour libérer les tensions émotionnelles. Si l'espace n'est pas fait à ces quelques minutes, l'organisme reste en tension. Le cerveau bloque… Et la relation à soi-même et à l'enfant peut être altérée sur des années. Cessons d'avoir peur des larmes !

François a tissé un lien privilégié avec sa fille dès la naissance. Une qualité de relation qu'il n'aurait pas eue s'il n'avait été contraint de s'occuper d'elle ainsi.

Il est toujours temps de réduire la distance entre soi et son enfant, de restaurer l'intimité par une communication authentique, avec soi-même d'abord, puis avec le bébé.

3. Ces premiers instants qui permettent l'attachement

L'attachement est physiologique avant d'être psychologique. La mère reconnaît l'odeur corporelle de son bébé dès le deuxième jour.
Quand le bébé n'est pas posé du tout sur le ventre de sa maman, tout n'est pas perdu, mais il faudra cinq jours pour que la mère rejoigne ses compagnes en termes de compétences à reconnaître son enfant.

dans de trop nombreuses maternités, il faut se battre pour garder son nourrisson auprès de soi, surtout la première nuit. Le personnel insiste : « Pour que vous puissiez vous reposer ! » Je ne trouve pas très reposant de m'inquiéter toute une nuit de ce que devient mon nouveau-né !

4. Des mots qui stoppent le lait

« Tu ne sais pas tenir un bébé, tu ne pourras pas t'en occuper ! ». Quand on sait combien la montée de lait dépend de l'état émotionnel de la maman, on mesure l'impact de cette phrase assassine.

5. Les pleurs du nourrisson

Ces pleurs d'appel à l'aide sont essentiels à la formation de l'attachement mère-enfant.

si sa mère répond dans les quatre-vingt-dix secondes après que le bébé a commencé à pleurer, il se calme en cinq secondes. Au-delà de trois minutes, le bébé met cinquante secondes à se calmer. Quand on multiplie par deux le temps d'intervention, on multiplie par dix la durée des pleurs.

Mais c'est parfois si intolérable qu'il nous faut stopper cris et larmes au plus vite… Nous avons l'illusion de faire cesser sa douleur… En réalité, nous l'empêchons juste de s'en soulager. C'est notre propre souffrance que nous refusons d'entendre.

Accueillir les décharges émotionnelles de son bébé n'est pas facile. Tout parent a besoin de soutien pour y arriver, et aussi, quand c'est trop douloureux, de faire un retour sur son propre passé.

6. Dormir comme un bébé…

80 % des consultations de pédiatrie concernent les problèmes de sommeil chez les enfants entre zéro et trois ans.

Une fois, j'ai hélas suivi le mauvais conseil d'une soi-disant pédopsychiatre, j'ai laissé pleurer ma fille pendant quarante minutes sans lui donner sa tétée du soir. Je m'en veux encore.

Les problèmes de sommeil n'existent apparemment que dans le monde occidental. En fait, partout ailleurs, les mères dorment avec leur enfant et l'allaitent au sein. Quand il bouge, elles passent une main sur lui sans même se réveiller. Il est rassuré, il continue de dormir.

L'épuisement physique mène naturellement au détachement. Ce n'est pas que les parents ne voudraient pas aimer leur enfant… ils s'en détachent pour se protéger. Les difficultés de sommeil d'un tout-petit peuvent mener ses parents à se détacher affectivement. Détachement plus exaspération, si les parents ne reçoivent pas de soutien.

Lorsque le bébé dort peu ou mal, il est utile de multiplier caresses, câlins, massages, jeux… L'émotion d'amour rétablit le lien.

7. Un an

Un an, c'est l'acquisition de la marche, les premiers mots.
Certains sont soulagés par cette prise d'autonomie, d'autres paniquent : « Il va tomber. » Ils installent des barrières, sécurisent l'espace.

« Dix-huit mois et elle ne marche toujours pas, c'est vraiment une flemmarde ! Elle ne veut que les bras. Pourtant je ne cède pas. Et même quand c'est la nourrice qui la garde, elle a pour mission de ne jamais la prendre.
En apparence, cette maman cherchait à ce que sa fille prenne le maximum d'autonomie. Elle ne voulait l'assister en aucune façon, ne pas faire d'elle un enfant passif… et pourtant, c'est exactement ce qu'elle faisait.
Plus les bébés sont portés, plus tôt ils marchent.

8. Dix-huit mois - trois ans

Dix-huit mois, c'est l'âge de l'opposition, des non systématiques.
C'est l'âge où les enfants montrent qu'ils ont leur « petit caractère ».

Dans sa deuxième année, le petit commence à prendre conscience de lui-même, il veut faire ses propres choix, devenir une personne. Pour cela, il doit s'opposer à maman. Pour sortir de la dépendance, il doit passer par la contre-dépendance. Sinon, il ne peut jamais savoir s'il mange sa purée parce que c'est lui qui veut la manger ou s'il ne la mange que parce que maman le désire.
Un enfant dont on ne respecte pas les refus ou que l'on punit – aura du mal à construire la confiance en son désir propre.

Deux ans, c'est l'âge où l'on apprend à savoir ce que l'on veut et à faire des demandes.

Deux ans, c'est aussi l'âge égoïste. Comme vous savez que Morgane refuse de prêter son seau au square, prévoyant(e), vous en prenez deux.
à cet âge, tous les enfants traversent cette phase de construction du moi qui nécessite de ne laisser personne – pas même vous – empiéter sur son territoire. L'enjeu est d'identifier les contours de son identité, c'est-à-dire de ce qui est moi et Non-moi, ce qui est à moi, c'est mon territoire, c'est mon identité, c'est moi…

à cet âge, tous les enfants traversent cette phase de construction du moi qui nécessite de ne laisser personne – pas même vous – empiéter sur son territoire. L'enjeu est d'identifier les contours de son identité, c'est-à-dire de ce qui est moi et Non-moi, ce qui est à moi, c'est mon territoire, c'est mon identité, c'est moi…"
Incroyable mais vrai, l'enfant se sent compris, il hoquette encore quelques fois puis se calme.

La troisième année, c'est l'âge du « tout seul ». L'enfant veut faire « tout seul » sous peine de piquer d'énormes colères, tout, même ce qu'il se sait encore incapable de faire…

Le juste milieu, le juste dosage entre protection et liberté n'est pas simple à trouver tant il nécessite de réajustements au fur et à mesure de la croissance de l'enfant. Ces réajustements sont difficiles quand trop de blessures ou de frustrations ont ponctué notre propre enfance.

9. De quatre à douze ans

De quatre à douze ans, l'enfant se construit beaucoup par imitation, dans le jeu, l'exercice de ses compétences et dans la relation.
Il joue aux billes et à la marchande, au monopoly et à la dînette… Il apprend à lire, à écrire, à mettre le couvert, prendre sa douche, se faire des amis…
Il découvre le monde, la socialisation, l'école, les autres. Ses intelligences se développent. Intelligence logico-mathématique et verbale plus particulièrement à l'école, intelligence spatiale avec ses cubes, intelligence kinesthésique au judo ou au tennis, intelligence musicale, intelligence relationnelle avec ses copains, intelligence émotionnelle avec ses parents.

Si nous avons eu nous-mêmes, par exemple, des difficultés scolaires, il est vraisemblable que les notes seront un sujet sensible à la maison.
Ce qui reste inconscient demeure porteur d'émotions. En revanche, de manière générale, ce dont nous nous souvenons clairement aura moins tendance à envahir le présent.

Quatre à douze ans, ce sont aussi les âges où nous cherchons plus ou moins consciemment à façonner nos petits à notre image et leur demandons de réaliser nos rêves. Nous les inscrivons au foot, à la danse ou au piano parce que nous avons aimé y jouer ou parce que cela nous était interdit. Ils doivent réussir là où nous avons réussi et réussir là où nous avions échoué. Et là encore, c'est d'autant plus fort que c'est inconscient… L'intensité de nos réactions peut nous mettre la puce à l'oreille.

10. Les adolescents

que ce soit parce qu'un événement grave a marqué notre vie (deuil, divorce, redoublement, déménagement…), parce que c'était une période de solitude, que nous n'arrivions pas à communiquer avec nos parents, soit parce que nous avons été victimes de harcèlement de la part d'un autre élève ou d'un enseignant, soit tout simplement parce que nous étions malheureux.
Non seulement nos réactions vis-à-vis d'eux sont davantage motivées par le refoulement de nos affects que par leurs comportements réels, mais aussi, nous les enfermons dans une histoire qui ne les concerne pas.
qu'est-ce qui se passait pour moi au même âge ?

Dès que nous n'arrivons plus à nous sentir proches de nos enfants, cela signifie qu'il se passe quelque chose en nous qui nous éloigne d'eux.

11. Un jour, ils partent…

Sommes-nous alors capables de leur donner une vraie liberté ? Liberté de réussir, d'être plus heureux que nous, d'aller plus loin, plus haut… ou ailleurs, différemment, suivre leur propre route. C'est la définition du parent. Il travaille pour être quitté. Il a accompli sa mission si l'enfant est devenu un adulte autonome.
L'évolution vise à l'amélioration de l'espèce humaine en tant que groupe. Cela ne signifie pas que chaque individu porte la responsabilité d'aller plus loin que ses ancêtres.

Permettre à un enfant d'être différent, c'est oser penser que notre vie aurait aussi pu être différente de ce qu'elle a été, une perspective terrifiante quand on n'a pas vraiment choisi sa vie.

Laisser partir nos enfants (sans pour autant couper les ponts) demande d'avoir suffisamment de solidité intérieure, d'autres attaches et liens, et des perspectives de réalisation personnelle en dehors d'eux.

Une mère restée à la maison pour s'occuper de ses enfants aura naturellement plus de difficultés que celle impliquée dans sa carrière. Mais auront du mal aussi les parents qui auront laissé leur couple s'éteindre, auront utilisé la présence des enfants pour justifier leur éloignement affectif et sont terrifiés à l'idée de se retrouver face à face.

un parent a plus de mal à accepter que son enfant réussisse s'il se vit comme partiellement ou totalement responsable de son propre échec ou choix erroné.
Nous avons tant de mal à accepter avoir fait un mauvais choix de vie, qu'une partie de nous apprécierait que notre enfant fasse la même erreur, pour pouvoir se dire « il n'est pas possible de faire autrement/je ne pouvais pas faire autrement ».

Consciemment, nous désirons tout le meilleur pour nos enfants, qu'ils réussissent, se marient, s'épanouissent… Osons regarder la vérité, il arrive qu'une autre partie de nous, inconsciente, aille dans le sens contraire. Des remarques désagréables nous échappent, nous ne les préméditons pas. Elles nous surprennent même parfois. Suivons leur piste pour en découvrir l'origine. Elles nous parlent de nous. Plus nous découvrirons cette tendance « noire » moins elle aura de puissance.

pour mieux écouter et accompagner nos enfants, nous avons tout d'abord à accomplir un chemin vers nous-même.